"LE VENT TRISTE / L'effort est de s'asseoir sans se faire remarquer. / Tout le reste vient ensuite naturellement. Trois gorgées / et l'envie d'y penser seul revient. / Un fond de bourdonnements lointains s'ouvre, / tout se perd, et il devient un miracle / d'être né et de regarder le verre. Le travail / (l'homme seul ne peut s'empêcher de penser au travail) / redevient l'ancien destin qu'il est beau de souffrir / pour pouvoir y penser. Puis les yeux se fixent / en l'air, douloureux, comme s'ils étaient aveugles. / Si cet homme se lève et rentre chez lui pour dormir, / il ressemble à un aveugle qui a perdu son chemin. N'importe qui / peut sortir d'un coin et le frapper. / Une femme peut sortir et s'allonger dans la rue, / belle et jeune, sous un autre homme, gémissant / comme une femme gémissait autrefois avec lui. / Mais cet homme ne voit pas. Il rentre chez lui pour dormir / et la vie n'est qu'un bourdonnement de silence. / En déshabillant cet homme, on trouve des membres épuisés / et des poils brutaux, ici et là. Qui dirait / que dans cet homme coulent des veines tièdes / où la vie brûlait autrefois ? Personne / ne croirait qu'une fois une femme a caressé / ce corps et embrassé ce corps, qui tremble, / et mouillé de larmes, maintenant que l'homme est rentré chez lui pour dormir, ne peut pas, mais gémit."

Cesare Pavese

Poète • Italie • XXe siècle

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Créé par d'Araprì