"LES VENDANGEURS
Ils vendangent le vin de leurs yeux,
ils pressent chaque larme, même celle-ci :
la nuit le veut,
la nuit, contre laquelle ils s'appuient, le mur,
la pierre l'exige,
la pierre, au-delà de laquelle parle leur béquille,
dans le silence du repos -
leur béquille, qui un jour,
un jour d'automne,
quand l'année gonfle jusqu'à la mort, comme un raisin,
traverse en parlant le mutisme, en bas,
dans le puits où jaillit la pensée.
Ils vendangent, ils pressent le vin,
ils foulent le temps comme leur œil,
toutes les larmes qui en dégoulinent, ils les placent
dans la tombe du soleil, qu'ils préparent de leur main
durcie par la nuit :
afin qu'une bouche ait soif plus tard -
une bouche tardive, ressemblant à la leur :
se tordant vers ce qui est aveugle, flétri -
une bouche d'où la mousse monte des profondeurs pour boire,
tandis que le ciel descend dans la mer cireuse,
pour briller de loin, un bout de lumière,
si enfin la lèvre s'humecte."
Créé par d'Araprì